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mardi, mai 29, 2007

Biographie de John McGahern

Né à Dublin le 12 novembre 1934, d'un père officier de police et d'une mère enseignante, John McGahern grandit à la campagne et la plupart de ses livres seront situés dans les comtés de Leitrim et Roscommon. Il a dix ans quand sa mère meurt du cancer. Élève d'une école catholique de Carrick-on-Shannon, puis de St Patrick's Training College à Drumcondra, il s'inscrit plus tard aux cours du soir de University College, Dublin, tout en exerçant son métier d'instituteur.

Son premier roman La Caserne (1963) est suivi de L'Obscur (1965), qui lui vaut d'être condamné aussitôt par la censure pour obscénité et chassé de son poste d'enseignant. Après un exil volontaire de plusieurs années (il vécut à Londres, à Paris, en Espagne et aux États-Unis), il regagne son pays et s'installe dans le comté de Leitrim où il achète une ferme.

Il publie un recueil de nouvelles, Lignes de fond (1970) et, près de dix ans après L'Obscur, son roman Journée d'adieu (1974) connaît un grand succès auprès de la critique et du public. Par la suite, il a publié trois recueils de nouvelles, Les Huîtres de Tchekov (1978), Haute-Terre (1985) et Les Créatures de la terre (1994) et trois romans, Le Pornographe (1979), Entre toutes les femmes (1990) et Pour qu'ils soient face au soleil levant (2002). Il a également écrit un drame pour la télévision, The Rockingham Shoot (diffusé en 1987) et The Power of Darkness, pièce à l'origine inspirée de Tolstoï (créé à l'Abbey Theatre en 1991).

John McGahern est mort à Dublin le 30 mars 2006
(Source : Cette Saison Irlandaise)

jeudi, mai 24, 2007

Les Créatures de la terre de John McGahern

Trois nouvelles d'un auteur irlandais de talent

Ce recueil comporte trois nouvelles. La première intitulée « Les créatures de la terre » raconte l’histoire d’une femme dont le mari médecin vient de mourir et qui décide de s'installer dans leur maison de campagne sur Achill Island. Elle organise ses journées d’après une routine immuable, réservant du temps pour la lecture et pour une promenade quotidienne au cours de laquelle elle rencontre un homme de son âge qui se promène au même endroit. Au fil de leurs conversations quotidiennes, elle découvre peu à peu le caractère dénué de sensibilité et de compassion de son interlocuteur qui ira jusqu’à précipiter du haut d’une falaise son chien dont il ne veut plus. Le chat de la dame, capturé par deux voyous, subira un sort aussi peu enviable que le pauvre chien.

La deuxième nouvelle intitulée « Le directeur de la laiterie » raconte l’arrestation d’un homme respectable, directeur de la laiterie du village, qui s’adonnait à des activités frauduleuses depuis plusieurs années, sans que personne ne se doute de rien.

La troisième nouvelle intitulée « L’enterrement à la compagne » relate le voyage que font trois frères pour assister à l’enterrement de leur oncle Peter qui, d’après eux, ne les a jamais aimés et les a hébergés tous les étés à contrecœur, uniquement pour faire plaisir à leur mère. Les trois frères vivent ces quelques jours de façon bien différente selon leur caractère propre.Avec ce recueil de nouvelles, j’aborde un auteur talentueux qui possède une écriture très belle mais dont les thèmes sont plutôt pessimistes. La première histoire est ma préférée. Je trouve cependant dommage que l’auteur ait introduit des événements sordides dans son récit, j’aurais préféré qu’il nous épargne ça. La deuxième est celle que j’ai le moins aimée. Son thème m’a laissée plutôt indifférente. Quant à la troisième, elle m’a plu par son côté narratif doux amer et son atmosphère de deuil empruntée. Je tiens à remercier Eireann pour m’avoir fait découvrir cet écrivain irlandais que je ne connaissais pas.
"Il y eut quelque chose dans la brusquerie de son départ, dans son allure bouleversée, qui déplut à Tommy McHugh. Il suivit un long moment sa silhouette qui disparaissait progressivement ; puis il dit, de cette voix traînante et assurée qu'il avait souvent prise pour s'adresser au jeune chien de berger quand ils étaient tous deux assis seuls face à l'océan : "Je ne crois pas un mot de cette histoire de sa fille qui est revenue de France, ni des visites et ainsi de suite. Elle va pas me faire avaler ça, pas même une seule minute, sacré bon Dieu ! J'vais te la dire maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles, ainsi soit-il, et délivrez-nous du mal - mon p'tit gars, cette vieille rombière, elle commence sacrément à sentir le sapin !" Et les intonations mêmes de cette solennelle déclaration au chien absent proclamaient qu'eux seuls, parmi toutes les créatures de la terre, n'auraient jamais à prendre ce chemin-là."

mardi, mai 22, 2007

La Caserne de John McGahern

La lente agonie d'une femme

Elisabeth, une infirmière d’âge mûr, travaillant dans un hôpital londonien, épouse un policier veuf avec trois enfants à charge. Elle quitte son métier pour s’installer dans la caserne d’un village irlandais et élever les trois enfants de Reegan. Le bonheur du début fait place à un ennui et une désespérance devant la monotonie de ses journées toutes pareilles les unes aux autres et l’absence de diversité de sa vie. Son mari, amer et frustré face à son métier, entretient une haine farouche à l’égard de son supérieur, le commissaire Quirke. Elisabeth supporte tout sans se plaindre ouvertement mais entretient un dialogue intérieur où elle laisse sa rancœur s’épancher en s’évadant dans ses souvenirs d’une époque plus heureuse et pleine d’espoir.Après une visite chez le médecin, Elisabeth apprend qu’elle est atteinte du cancer. Elle subit une opération qui prolonge sa vie de quelques mois. Son agonie est longue et elle doit bientôt s’aliter, ne réussissant plus à remplir les nombreuses tâches qui remplissaient ses journées. Elle se détache tranquillement de tout pour sombrer dans une mélancolique indifférence qui se terminera par une mort qui viendra la délivrer et mettre un terme à ses souffrances.Pour Reegan, c’est le moment de donner enfin sa démission de la police. C’est la fin d’une époque pour la famille qui devra faire face à l’avenir sans celle qui leur a tant donné et n’a pas beaucoup reçu en échange.

Un chef d’œuvre de John McGahern qui raconte la lente agonie d’une femme seule et incomprise de ses proches. Le personnage d’Elisabeth en est un des plus beaux et émouvants qu’il m’ait été donné de découvrir dans un livre. John McGahern donne libre cours, à travers elle, à son interrogation sur le sens de la vie. Le récit est baigné d'une lourde atmosphère de désespoir et d’impuissance face à l’absurdité de toute existence humaine. Mais on sent une douceur et un respect de l’auteur face au combat que doit mener Elisabeth pour surmonter ses moments de dépression et de désespoir pour simplement continuer à mener sa vie malgré un intense sentiment d’inutilité et un pessimisme tenace. Un roman remarquable dans sa description des tourments intérieurs d’un être humain face à la vacuité de son existence. Une lecture inoubliable.
« Et elle, comment effectuerait-elle son entrée et sa sortie ? se demandait Elisabeth. Elle savait qu’elle n’échapperait pas à la folie de l’existence parce qu’il lui arrivait d’être lucide par moments ; elle serait aussi aveuglée par la vie, aussi ridiculement humaine que tout le monde quand viendrait son tour. On était tous logés à la même enseigne. L’espace d'un instant, on dansait une petite gigue sur un écran, parmi des millions d'autres passionnément absorbés par leurs misérables personnes et leurs misérables actions, et qui se prenaient tous pour le nombril du monde. Mais ils finissaient tous par un rôle tragique : plus question de jouer la comédie le jour de leur mort, dieu du ciel ! Le monde entier s’écroulait avec eux. C’était si fantastique, si miraculeux que cela puisse continuer malgré l’absence de motif connu, la passion aveugle servant de moteur malgré tout. »

Le Pornographe de John McGahern

La vie et la mort

Le narrateur est un célibataire de trente ans qui vit seul dans une chambre de Dublin et qui gagne sa vie en écrivant des récits pornographiques. Sa tante, qui l’a élevée, est à l’hôpital, atteinte d’un cancer en phase terminale et il va lui rendre fréquemment visite, lui apportant des bouteilles de cognac afin d’atténuer ses douleurs malgré l’interdiction formel de l’établissement. Un soir d’ennui, il se rend dans un dancing et y fait la rencontre d’une femme de trente-huit ans, employée de banque et journaliste à ses heures. Il ne l’aime pas mais est fortement attirée physiquement par son corps vigoureux et musclé. La liaison débute donc d’une façon banale. Il la ramène chez lui et ils font l’amour sauvagement. Elle ne veut pas qu’il utilise un condom car elle est certaine d’être dans ses bons jours. Évidemment, après plusieurs rencontres et soirées bien arrosées passées ensemble, elle lui annonce qu’elle est enceinte et qu’elle désire l’épouser. Mais notre jeune homme refuse catégoriquement cette union. Il ne la laissera pas tomber mais lui prodiguera son aide de loin au moyen de conseils et d’argent. Pendant ce temps, sa tante agonise et engourdit sa douleur au moyen du cognac qu’il lui procure presque journellement.

Le récit de McGahern tourne autour de cette liaison ratée et de l’agonie de la tante bien-aimée. L’auteur fait un parallèle entre la nouvelle vie qui commence et celle qui se termine. L’histoire pourrait être d’une banalité affligeante sans l’écriture pleine de sensibilité de John McGahern qui charme le lecteur tout en l’amenant à une réflexion profonde sur la morosité de la vie et sa fragilité. McGahern nous offre dans ce récit un mélange d’humour, de cynisme et d’émouvante sensibilité qui fait de cette histoire somme toute assez commune, un régal pour tous ceux qui aiment cet auteur définitivement génial. Son écriture est remplie de petits détails qui en font une charmante mosaïque. Un livre au charme suranné qui m’a enchantée.

« Moi aussi, près d’une autre grille, je m’étais jadis senti mutilé, persuadé que je ne pouvais vivre sans elle que j’aimais ; cependant nous endurons la souffrance, de même que l’endura la première créature émergeant des eaux, après avoir vainement tenté de faire demi-tour pour fuir cette terre déserte. Une fois que nous avons goûté à la coupe infernale que nous appelons l’amour, nous savons que nous avons vécu notre propre mort, et nous commençons à aimer de façon différente dans le calme bien ordonné de chaque objet recensé et apprécié pour son imminente disparition. Nous apprenons à sourire. »

« Debout dans cette pénombre, j’écoutai les vrombissements lointains de la circulation nocturne à travers la ville. Je crus entendre un gémissement ou quelques bribes d’une prière, mais je ne pus en avoir la certitude, à cause des battements violents de mon cœur. Il n’y avait que des femmes dans cette salle, et elles étaient toutes atteintes d’un cancer. Cela me procurait l’impression de me tenir en pleine nuit au milieu d’une maternité : toute ces femmes attendaient d’accoucher, de donner naissance à leur propre mort. »