mercredi, mai 23, 2007

Les Chroniques du sous-chantre de Alvaro Cunqueiro

Folle équipée d'une cohorte de défunts dans la campagne bretonne

Charles Anne Guénolé Mathieu de Crozon exerce le métier de sous-chantre à Pontivy en Bretagne de France. Tout commence par un matin de brouillard et de verglas, en l’année 1797. Charles Anne sort avec sa bombarde pour aller jouer à l’enterrement d’un natif de Quelven qui lui a laissé un legs par testament. Mais ce matin-là, le cheval de location n’est pas à la porte, ni Cuvet le postillon. À sa place, il y a un petit homme coiffé d'un béret en peau de loutre, drapé dans une courte cape, portant une lampe à huile dans la main gauche et un fouet frisé de sept nœuds dans la droite. Il se nomme Mamers le Boiteux et se dit chargé de l’emmener à l’enterrement de Quelven. Il le mène à un carrosse où d’autres voyageurs sont déjà installés. Il y a le colonel Coulaincourt de Bayeux qui se dit parent du défunt et de tous les défunts, Guy Parbleu, le notaire Jean Pléven, Mme Clarine de Saint-Vaast aux beaux yeux verts, M. de Nancy bourreau de Lorraine et le docteur Sabat, empoisonneur des fontaines de Rome. Commence alors un voyage à travers la Bretagne qui durera trois années. Mathieu de Crozon ne tarde pas à réaliser qu’il voyage en compagnie de défunts qui reprennent leur apparence de vivants durant le jour mais redeviennent des squelettes à la tombée du jour. Dans la deuxième partie du livre, chaque défunt raconte son histoire. Mathieu de Crozon apprend alors que la belle Mme de Saint-Vaast a empoisonné sa sœur, que le notaire Pléven a été pendu à Rennes pour le meurtre de deux gentilshommes, que le colonel Coulaincourt de Bayeux a été fusillé car on l’accusait d’avoir violé une fillette, que M. de Nancy a été poignardé pour avoir remplacé un pendu par un autre et ainsi de suite. Ils ont tous une histoire abracadabrante à raconter, remplie de péripéties et d’aventures rocambolesques.Dans la troisième partie, nos voyageurs vivent des événements divers au long de leur route. Ils participent à une bataille sur la grand-route de Saint-Brieuc afin de s’emparer de deux canons républicains, ils assistent à une pendaison à Combourg, ils deviennent comédiens de théâtre sur le parvis de Comfront pour remplacer les comédiens retenus prisonniers et Mathieu de Crozon doit jouer la sérénade pour une demoiselle à Bagnoles-de-l’Orne. Deux appendices complètent le livre. La première est constituée de notes sur un personnage répondant au nom de Ismaël Mignonnet, un démon sorti de l’enfer en tapinois par une vieille huche dans laquelle un usurier de Lanrivain garde les reçus des sommes qu’il prête. C’est un personnage de grande taille souffrant de maux de dos car il doit circuler en enfer presque plié en deux et qui s’établit comme tailleur à Cambrai afin de soigner ses douleurs contractées dans les avenues du monde souterrain. Le deuxième appendice est un épilogue pour les Bretons qui liront le livre, l’auteur étant de nationalité espagnole mais amoureux de cette région de France.

L’écriture est dense, le vocabulaire riche, les phrases sont longues et sinueuses. Je dois avouer que ce n’est pas un livre qui se lit vite car il y a tellement de personnages et d’événements entrecroisés que j’ai dû relire plusieurs pages afin de bien tout comprendre et démêler les anecdotes. L’auteur emploie plusieurs termes datant de l’époque et un dictionnaire est fort utile. C’est tout de même savoureux et truculent. Cette cohorte de défunts voyageant dans un carrosse m’a beaucoup divertie. L’écriture de Alvaro Cunqueiro demande un effort au lecteur mais on en ressort enrichi de plusieurs mots nouveaux et quelle savoureuse façon de raconter ! Oui, j’ai beaucoup apprécié et je le recommande à ceux qui aiment le genre de récit qui mêle le fantastique au réel. Une belle découverte !

L'auteur : Cunqueiro, Alvaro, journaliste, chroniqueur, romancier, poète et conteur né à Mondonedo (Galice) en 1911 et décédé en 1981 à Vigo (Galice). Il fut dès ses jeunes années ardent défenseur de la langue, de la culture et des traditions de son terroir au service desquelles il mit sa verve et sa fantaisie. Il reçut en 1959 le « Premio de la Critica » pour la version espagnole de l'histoire du sous-chantre puis, en 1968 le « Premio Nadal » pour son roman : « Un hombre que se pareda a Orestes ».

1 commentaire:

Eireann Yvon a dit...

Tro Breizh* macabre, mais jubilatoire, merci encore de cette découverte.
*Tour de Bretagne. Pèlerinage qui relie les villes des sept saints fondateurs de la Bretagne.
Yvon