Aucun message portant le libellé Pym Barbara. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Pym Barbara. Afficher tous les messages

mercredi, mai 23, 2007

Moins que les anges de Barbara Pym

Savoureux !

Premier livre que je lis de Barbara Pym et j’ai bien aimé. Pour faire un petit résumé, l’histoire se passe à Londres alors que la T.S.F. est inventée mais pas encore la télévision. Catherine Oliphant, une jeune femme d’avant-garde écrivant des nouvelles publiées dans des revues féminines, possède un appartement qu’elle partage avec Tom Mallow, un jeune homme de bonne famille, exerçant la profession d’anthropologue et faisant des recherches en Afrique. Ils vivent comme mari et femme mais c’est un accommodement platonique. Tom a été absent quelques mois et revient tout juste de voyage lorsqu’il rencontre Deirdre, une jeune fille étudiante en anthropologie qui fréquente la même bibliothèque que lui au tout nouveau centre de recherche, dirigé par Félix Mainwaring, l’un des doyens des professeurs d’anthropologie, désormais retiré à la campagne. Le nouveau centre est l’une de ses réalisations, financées par Minnie Foresight, une riche veuve ne sachant que faire de son argent. Bref, afin de pouvoir rencontrer plus souvent Deirdre, Tom décide de quitter Catherine pour aménager avec deux autres jeunes étudiants, laissant la jeune femme seule et accablée de tristesse. Mais Tom doit bientôt quitter Londres à nouveau, ayant reçu une bourse pour de nouvelles recherches sur les peuplades africaines primitives, laissant derrière lui une Deirdre anéantie mais qui se consolera bien vite avec un autre…

Une foule de personnages évoluent dans ce petit univers créé par Barbara Pym où il ne se passe pas grand-chose et où tout le monde épie tout le monde. Et c’est ce qui fait la saveur de ce roman : les petits détails du quotidien, les journées mornes, la morosité de la vie de banlieue, les voisins qui se surveillent, les médisances, les perfidies, les comportements figés, les conventions sociales, la futilité des conversations, le thé au jardin, l’office du dimanche, les premiers émois et balbutiements de jeunes cœurs qui n’aspirent qu’à aimer et être aimés, le choix du chemin à prendre pour vivre sa vie selon ses rêves. Tout ça peut paraître mièvre et rabaché mais pas sous la plume de Barbara Pym. C’est plutôt savoureux et ça se déguste avec plaisir. Un enchantement !

« Outre qu’elle servait de dépotoir aux spécimens anthropologiques de tout ordre, la salle était en effet considérée comme une sorte de no man’s land, où les anciens étudiants du département qui n’avaient nulle part où aller pouvaient se trouver un coin pour rédiger leurs notes de mission. Ces parasites à la piètre allure occupaient ainsi par intermittence une ou deux tables couvertes de papiers. Ils habitaient les plus bas quartiers de Londres ou de lointaines banlieues perdues, vivant chichement de pitoyables bourses, leur créativité bridée par la pauvreté et les difficultés familiales. Seule la plume d’un Dostoïevski aurait su rendre justice à leurs existences de misère mais ils n’éprouvaient pour leur part aucun mal à s’exprimer et s’assemblaient souvent dans cette même salle ou au pub pour exposer les névroses et autres difficultés psychologiques qui les empêchaient de rédiger leurs notes. »


«— Dirons-nous en ce cas qu’à défaut d’être voués corps et âme à notre mission, nous y aspirons de tout notre être ? s’interrogea le professeur en manière de conclusion. Vous souvenez-vous de ce vers de Pope : Et moins que les anges, veulent être davantage ? »



L'auteur : Barbara Pym (1913-1984) est aujourd'hui reconnue comme une des grandes romancières anglaises du XXe siècle.

vendredi, mai 18, 2007

Des femmes remarquables de Barbara Pym


Mildred Lathbury mène une vie tout ce qu’il y d’ordinaire.

Fille de pasteur, elle habite seule un appartement situé dans un quartier moyen de Londres. Elle partage son temps entre son travail auprès des femmes âgées nécessiteuses et l’entretien de l’église et du presbytère de sa paroisse. Ses meilleurs amis sont bien entendu le pasteur Julian Malory et sa sœur Winifred. Elle a aussi une ancienne compagne de collège Dora Caldicote qui vient passer presque toujours ses vacances chez elle. Une fois par année, Mildred reçoit une invitation de la part du frère de Dora, travaillant dans un ministère quelconque et ayant pour dada de nourrir tous les pigeons qui se perchent sur le rebord de la fenêtre de son bureau. Bref, la vie de Mildred est remplie de thé, de repas pris dans des « self-service » déprimants, de papotages, de médisances et de ragots de paroisse. Mais tout cela va changer le jour où un couple de jeunes mariés vient s’installer dans l’appartement situé en-dessous de chez elle. Mildred fait rapidement la connaissance de Mrs Napier, une jolie blonde exerçant la profession d’anthropologue. Elle attend le retour de son mari, le séduisant Rockingham, en mission en Italie. En attendant, Mrs Napier voit souvent un de ses collègues anthropologue, Everard Bone. Mildred observe, écoute et s’interroge sur le couple Napier jusqu’à l’arrivée du bel officier surnommé Rocky, qu’elle trouvera ma foi très séduisant et dont elle recevra régulièrement la visite pour prendre le thé.

Une autre arrivée provoquera un bouleversement dans la vie de Mildred. Le pasteur Malory dont elle est secrètement amoureuse, décide de louer l’appartement situé à l’étage du presbytère et c’est une jeune veuve de pasteur très séduisante, Mrs Gray, qui s’installe et accapare bientôt Julian Malory d’une façon tout à fait déplacée selon Mildred.

Cette pauvre Mildred se retrouve mêlée bien malgré elle aux péripéties et petits drames qui vont bientôt parsemer la vie des ses connaissances et amis. Elle fait de son mieux pour aider tout son monde à coup de tasses de thé et de compassion.

Un roman savoureux dans le plus pur style de Barbara Pym qui nous emporte dans un tourbillon d’évènements de la vie quotidienne qui fait de la lecture de ce livre un vrai régal !

« Les femmes s’amourachaient de lui mais cela, durait d’ordinaire qu’un mois ou deux. Après cela, on mesurait à quel point en fait il était superficiel. Il s’entichait d’une fille pendant une ou deux semaines, puis la laissait tomber. Nous nous surnommions nous-mêmes les Jouets : de temps à autre, il nous tirait de notre étagère, nous dépoussiérait et nous contemplait, mais il finissait toujours par nous remettre à notre place.»

« Je ferais mieux de m’abstenir de lire des poèmes ce soir et de me contenter d’un livre pieux, voire d’un ouvrage culinaire. Sans doute, ces derniers seraient-ils plus salutaires, vu mon état d’esprit, et je choisis un vieux livre de recettes de cuisine et de conseils ménagers en tout genre. C’est ainsi que je découvris comment soigner les aspidistras et laver les bas de dentelle ou de laine noire et appris qu’un paquet ou une enveloppe scellés au blanc d’œuf ne peuvent être ouverts à la vapeur. Mais je ne parvins pas à imaginer à quoi ce savoir pourrait jamais me servir. »