jeudi, juillet 03, 2008

1986 de Yu Hua


Le spectre du passé

Parfois, on croit connaître un auteur en ne lisant de lui qu'un seul livre. Avec "1986", je découvre une autre facette de cet écrivain chinois. Ce court roman raconte en gros le retour d'un homme dans sa ville. Nous sommes en 1986, la Révolution culturelle est derrière et le printemps est aux portes de la ville. Les gens sont impatients de profiter du beau temps et de pouvoir enfin quitter leurs gros vêtements d'hiver pour enfiler shorts ou petites jupes d'été et ouvrir leurs fenêtres afin de profiter du beau temps. Tout le monde est heureux de vivre et la joie est au rendez-vous jusqu'à ce qu'un inconnu entre dans la petite bourgade. Il est en loques, les cheveux hirsutes et longs, le regard absent. "C'est un fou" proclame-t-on. En effet, l'homme a un comportement tout ce qu'il y a de bizarre, replongeant la petite communauté dans l'horreur du souvenir de la Révolution et de ses horreurs et drames humains. On croyait en avoir fini avec cette période mais voilà qu'à travers cet homme, les souvenirs pénibles remontent à la surface, jettant une ombre glaciale sur la joie printanière et semant l'angoisse au coeur des citadins.

Qui est cet homme ? Je ne révèlerai rien de son passé ni de son identité quoique la quatrième de couverture en dévoile un peu trop à mon avis. On y lit que ce livre a d'emblée trouvé sa place parmi les grands classiques et je ne mets aucunement en doute cette affirmation. Ce livre m'a assommée littéralement. C'est extrêmement dur et certains passages m'ont fait frisonner d'horreur. Mais quel force dans ce récit et dans cette écriture ! Dans ces quelques pages, Hua nous démontre avec beaucoup de justesse qu'il est bien difficile de tenter d'ignorer les conséquences terribles que la Révolution culturelle a eue sur la vie de certaines personnes, brisant leur famille et surtout, leur équilibre mental et physique au-delà de l'imaginable. Le passé refait toujours surface tôt ou tard, qu'on le veuille ou non, semant le trouble dans la douce quiétude qu'on a mis plusieurs années à retrouver. Un livre hallucinant !

"C'est alors que l'homme entra dans la petite ville. Ses cheveux tombaient en cascade sur ses épaules et leurs pointes voltigeaient autour de sa taille. Sa barbe descendait devant sa poitrine et lui mangeait les deux tiers du visage. Ses yeux étaient gonflés et chassieux. C'est ainsi qu'il entra en claudiquant dans la ville, et de son pantalon usé jusqu'à la corde ne restaient au-dessous des genoux que quelques malheureuses franges qui volaient au vent. (...) Ils l'avaient tous vu, mais personne ne faisait attention à lui. Ils l'oubliaient au moment même ou ils le voyaient. Ils marchaient de bon coeur dans le printemps et dans la joie."

2 commentaires:

Aurelien a dit...

Bonjour Dirlandaise. Je connais déjà 'Brothers' de Yu Hua que j'ai dévoré et c'est donc les yeux fermés que j'ai fait l'acquisition de 1986, trouvé au hasard du rayon "littérature étrangère". Ce dernier cependant m'a laissé un gout amer. J'ai fermé le livre me disant que j'avais surement raté quelque chose, une subtilité. J'ai eu l'impression que yu hua à chercher à faire ressortir ces fantasmes malsains ou ces phobies à travers ce livre.

Dirlandaise a dit...

Bonjour Aurelien,

Merci pour votre commentaire. Pour ma part, je ne sais pas si Yu Hua à chercher à faire ressortir ses fantasmes et ses phobies comme vous l'écrivez. J'ai trouvé ce livre très dur mais tout à fait passionnant. Il y a un certain temps que je l'ai lu mais mon impression était que l'auteur voulait avant tout dénoncer les ravages de la Révolution Culturelle sur certains esprits qui ont été littéralement brisés par elle. Très fort ce livre à mon avis.